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  Photo de groupe au bord du fleuve
  Posté le Vendredi 04 juin 2010 @ 10:30:43 by camille
Contributed by: camille
Publicationsdongala.jpgPhoto de groupe au bord du fleuve, d’Emmanuel Dongala
Par Ghislaine Sathoud, www.ghislainesathoud.com
Actes Sud, 2010, 334p

L’époque où le combat des femmes était discrédité serait-elle terminée ? Oserait-on affirmer que les hommes et les femmes sont égaux ? Et bien, par exemple, concernant les « libertés » âprement défendues par le mouvement mondial des femmes, il est primordial de noter un gain significatif : l’égalité des sexes est reconnue légalement. Toutefois, dans les faits, il y a encore loin de la coupe aux lèvres…
Nous le savons tous : dans plusieurs pays d’Afrique, la population féminine est majoritaire. Cela ne constitue pourtant pas un avantage. En effet, personne ne sera surpris d’apprendre que la présence des femmes est presque inexistante dans les sphères décisionnelles, et ce, depuis fort longtemps. C’est une réalité tangible ! Quoi qu’il en soit, qui oserait prétendre le contraire ?



Et pour cette raison comme pour beaucoup d’autres, elles doivent constamment lutter pour se faire une place au soleil : le saviez-vous ? Il est indéniable que les discriminations fondées sur le sexe nuisent à l’émancipation des femmes. Parviendra-t-on à se libérer de ces idées préconçues ?
Nous avons tous déjà entendu parler du préjugé selon lequel la femme est le sexe faible. Mais, est-ce vraiment le cas ?
En tout cas, elles sont de plus en plus nombreuses ces battantes qui, quels que soient leur statut social et leur niveau d’instruction, s’insurgent contre les multiples et perpétuelles oppressions  imposées aux femmes. Sont-elles des féministes ? Qu’est-ce que le féminisme ?
Pour faire une histoire courte, soulignons simplement que le féminisme est pluriel. Par ailleurs, cette diversité d’opinions devrait être considérée comme positive dans la mesure où
elle met l’accent sur les convergences plutôt que les divergences.
Mais oui, bien sûr : les Africaines, elles aussi, contrairement aux rumeurs répandues et entretenues à leur sujet, se battent, à leur manière et avec les moyens du bord, pour combattre le patriarcat. Ces femmes combatives essayent de changer le cours des choses. Plus intéressant encore, les citoyennes originaires d’Afrique peuvent désormais compter sur le soutien de leurs congénères masculins. Certains hommes tendent la main aux femmes – dans une démarche solidaire, totalement platonique et désintéressée –  pour faire triompher la justice sociale.

Parmi ceux-ci, citons Emmanuel Dongala, écrivain Congolais,  qui vient de publier un ouvrage intitulé Photo de groupe au bord du fleuve aux éditions Actes Sud. Ce roman féministe valorise le courage et la détermination des Africaines qui, ce n’est un secret pour personne, travaillent intensément, dans des conditions exécrables, pour prendre soin de leur entourage. Elles sont les premières à se lever et les dernières à se coucher, assumant ainsi loyalement, inlassablement et assidûment leurs responsabilités familiales. Ces braves héroïnes s’adonnent, avec une détermination sans pareille, aux travaux domestiques, artisan
aux et champêtres.

 
D’ailleurs, ces pénibles conditions de vie  occupent une place significative dans le registre des requêtes féministes à l’échelle mondiale. Il faut tout d’abord mentionner le constat suivant : la lectrice retrouve ces travailleuses infatigables dans le livre cité plus haut. Puis, il convient également de préciser que nous n’allons pas ici procéder à une analyse littéraire ladite œuvre. Enfin, et c’est plus important, notre démarche consiste à relever d’autres aspects, tout aussi plaisants, qui donnent à cette publication une dimension constructive.
Une question fondamentale mérite d’être posée : à qui s’adresse l’auteur ? À notre avis, le professeur de littérature africaine francophone à Bard College, aux Etats-Unis montre au créneau pour lancer un message pacifique, unificateur, à tout le monde, aussi bien les femmes que les hommes. Et à ce propos, cette réflexion menée habillement par Emmanuel Dongala nous interpelle à plus d’un titre.
En effet, les portraits dépeints dans ce roman présentent des femmes comme les féministes les aiment. Nombre d’images positives, toutes aussi attrayantes les unes que les autres, se succèdent tout au long des 334 pages. On est bien loin de cette perception erronée, dénigrante et humiliante selon laquelle les femmes sont partisanes du moindre effort.

Voici un extrait intéressant du livre :
 « Chers sœurs et camarades, nous sommes des femmes qui essayons de gagner notre vie en cassant et vendant  la pierre. Il y a parmi nous des femmes qui sont allées à l’école et des femmes qui ne savent pas lire, il y a des jeunes et des plus âgées, il y a des femmes mariées et des célibataires, des veuves et des divorcées. Nous n’attendons pas que l’Etat nous donne un salaire. Nous, nous sommes des femmes actives et tout ce que nous voulons, c’est qu’on nous achète notre marchandise à son juste prix.» (1)
Comme on le constate, Emmanuel Dongala veut redorer le blason de ses frangines en démontrant que l’on peut gagner sa vie à la sueur de son front, peu importe le sexe.  Outre cela, il énumère des protestations revendicatrices menées courageusement par la gent féminine tant en Afrique qu’ailleurs dans le monde.  
Ce geste est très symbolique : les femmes sont les grandes oubliées de l’Histoire, leurs contributions sont souvent, sous l’impulsion des ambitions dominatrices, reléguées au second plan.
Or, l’ouvrage Photo de groupe au bord du fleuve retrace les actions remarquables et mémorables inscrites dans les annales des conquêtes féministes :
 «Tu penses à ces femmes de Guinée qui, les premières, avaient osé défier le dictateur Sékou Touré en organisant une marche sur son palais ; et aussi à ces femmes maliennes qui avaient bravé un autre dictateur, Moussa Traoré. Tu penses aux mères des disparus chiliens sous les fenêtres de Pinochet, aux femmes d’Argentine qui avaient manifesté pour les enfants enlevés. Plus tu y penses, plus tu es exaltée. Et les noms des femmes fortes de l’histoire te reviennent : Kimpa Vita qui, dans l’ancien royaume du Kongo, avait mené des troupes contre l’occupant portugais, Rosa Park qui avait refusé de céder sa place de bus à un blanc dans une ville du Sud des Etats-Unis d’Amérique.» (2)

Pour conclure, Photo de groupe au bord du fleuve est une œuvre fort intéressante qui nous entraîne dans les sinuosités des velléités féministes. On y découvre des femmes fortes, indépendantes et soucieuses de leur émancipation. Une description. C’est pourquoi nous recommandons fortement ce livre.
Notes :
(1)   Photo de groupe au bord du fleuve, p. 129.
(2)   Op.Cit. P, 119.
Né en 1941 d’un père congolais et d’une mère centrafricaine, Emmanuel Dongala a quitté le Congo au moment de la guerre civile de 1997. Il vit actuellement aux Etats-Unis, où il enseigne la chimie et la littérature africaine francophone à Bard College at Simonk’s Rock. Son œuvre est traduite dans une douzaine de langues et son roman Johnny chien méchant (Le Serpent à plumes, 2002) a été adapté au cinéma par Jean-Sthéphane Sauvaire sous le titre Johnny Mad Dog




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