 L'Emilie, un nouveau souffle pour la presse féministe Le Courrier, 14 juin 2010, ST E FA N I A K I R S C H M A N N
On s'en doute: de tout temps, et encore plus de nos jours, l'équation presse écrite et féminisme ne va pas de soi. Les petites publications peinent à tourner et le féminisme qu'il soit un mot, un combat ou un concept se perd parfois dans son histoire faite de hauts, de bas, et surtout d'obstacles... hélas, eux, toujours d'actualité! Résultat, l'automne dernier, l'équipe de L'Emilie s'essouffle et jette l'éponge. Heureuse collaboration Mais la motivation et le désir sont toujours là: pas question de jeter aux oubliettes un journal presque centenaire, qui plus est un journal qui a encore et plus que jamais sa raison d'être! Après un hiver puis un printemps de pause faits de réflexions, de réunions, de remises en question, un nouveau projet peut enfin éclore. Il est enthousiasmant, réunit une nouvelle équipe et obtient le soutien financier de la Fondation Emilie Gourd. Ce projet, c'est d'abord une collaboration avec Le Courrier, réjouissante et enrichissante: une opportunité de diffuser et de faire connaître la diversité des féminismes d'aujourd'hui, mais plus encore celle de toucher un public plus large au sujet des questions de genre, autrement dit du «sexe social», qui nous concerne tous, que l'on soit homme, femme ou autre. Ensuite, dès la rentrée 2010, L'Emilie lancera son nouveau site internet, qui sera son noyau stratégique: constamment alimenté et multithématique, il s'envisage participatif, collaboratif et multimédia. Ouvert à tous les domaines touchant au féminisme, qu'il soit d'actualité ou de fond, il souhaite se définir comme une plate-forme où tous les modes d'expression seront permis. Académique, ludique, artistique ou encore politique. Pour être viable, et malgré sa transformation et son changement de support médiatique passage du tout papier au cross média combinant le papier (Le Courrier) et le web (site internet), sans compter les événements annexes que l'équipe et la Fondation prévoient d'organiser , L'Emilie compte plus que jamais sur son lectorat, qu'elle souhaiterait même voir s'élargir et lui propose donc une cotisation de soutien annuelle. Sur ce, toute l'équipe de L'Emilie, ses anciennes membres, les nouvelles, celles à venir, vous souhaitent un beau 14 juin sous le signe de l'égalité, bien sûr! I Vous souhaitez agir? Engagez-vous! Devenez membre de l'association. Soutenez L'Emilie en versant vos dons sur le CCP 12-117913, L'Emilie/Association Le mouvement féministe suisse, Case postale 11, 1211 Genève 21
Stefania Kirschmann, responsable web et archives, et Nathalie Brochard, rédactrice en chef, sont désormais à la barre de L'Emilie. Toutes deux rompues aux études genre et aux nouvelles technologies de l'information, elles ont l'ambition de rallier un plus large public aux thématiques féministes. Elles veulent en finir avec le seul féminisme de dénonciation et se revendiquent plutôt d'une démarche d'intégration des différents courants féministes ou sympathisants. «En utilisant moins de papier, avec des mots simples qui parlent aux gens, parce que dans cette histoire, tout le monde est concerné, les femmes comme les hommes, les jeunes comme les moins jeunes», affirment-elles.
Une presque jeune centenaire C'est en 1912 qu'Emilie Gourd fonde Le Mouvement féministe, journal d'abord mensuel puis bimensuel destiné à convaincre l'opinion publique de la nécessité du suffrage féminin. De 1912 à 1945, le journal reste fortement empreint de la personnalité hors du commun de sa rédactrice en chef. En 1948, le journal se divise en deux publications: Le Mouvement féministe se double désormais d'un autre journal, Femmes suisses savez-vous?, au suffragisme moins affiché, destiné à vulgariser les idées féministes auprès d'un public non convaincu... en particulier les ménagères. Mais à force de vouloir ménager ces dernières, le journal perd toute combativité. La coexistence des deux publications se poursuit jusqu'en 1960, année durant laquelle les deux journaux fusionnent, sous le titre hybride de Femmes suisses et le mouvement féministe, communément appelé Femmes suisses. C'est un journal au féminisme modéré, compromis entre les deux publications. En 2001, une nouvelle équipe, plus jeune, reprend les rênes du journal, qui s'appelle désormais L'Emilie et fêtera en 2012 les cent ans de cette vénérable vieille dame. MARTINE CHAPONNIÈRE
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