Sylvie Perrinjaquet: L’été de Madame la présidente
Véronique Zbinden / Photos Thierry Parel (Migros magazine n°34)
A la tête du Gouvernement neuchâtelois depuis le 1er juin, Sylvie Perrinjaquet aime les concerts en plein air et les retrouvailles familiales autour d'un plat de tomates farcies.
On lui a reproché, en plein débat sur l’avenir du Conservatoire, de préférer la variété au classique, sous prétexte qu’elle avait reçu la blondinette staracadémisée Cindy au Château, «un exemple d’intégration réussie des immigrés de la deuxième génération». Ça la fait sourire, Sylvie Perrinjaquet, elle qui a vécu un été musical en voguant de l’opéra au rock et du bain de foule du Paléo aux hauteurs lyriques de Verbier. Pas le temps de partir bien loin: Madame la conseillère d’Etat libérale chargée de l’Education, de la culture et des sports, est en année de présidence et puis, deuxio, quand on est mariée à un pilote de ligne, on aspire légitimement à voler quelques bribes d’été au protocole pour se retrouver chez soi, en famille.
La maison de Gorgier se remplit et résonne. Jeunesse, famille, copains, et grandes tablées changent des temps ordinaires, où elle n’a guère le temps d’apprêter autre chose que des grillades et des salades. Vers la fin août enfin, c’est devenu une tradition chez les Perrinjaquet, quand la rentrée approche, les tomates farcies marquent les retrouvailles de la famille élargie. «C’est une recette de ma mère, un rien adaptée, qui a le mérite d’être simple et de se préparer à l’avance», se réjouit-elle.
Ce n’est pas faute d’être gourmande: Sylvie Perrinjaquet garde de son enfance le souvenir de gratins et de rôtis exquis et fréquente les bonnes tables de la République. Elle nous reçoit au Café de la Collégiale, la cantine de charme du Conseil d’Etat neuchâtelois, à deux pas du château gouvernemental.
Dans son bureau justement, trône en bonne place le boulier d’or que lui a décerné un journal satirique, lors de la Fête des vendanges. Aux Finances à l’époque, fraîchement entrée au Conseil d’Etat, elle avait pronostiqué un méchant trou de 100 millions. Quelques années plus tard, le collège gouvernemental cavale toujours derrière ce tombereau de gros sous, en taillant un peu partout sur son passage. Et la dame n’est pas peu fière d’avoir fait voter, un an avant les Genevois, un de ces redoutables mécanismes de frein au déficit.
Pour le reste, au nombre des réalisations dont elle se dit satisfaite, le vaste chantier de l’harmonisation scolaire: «Il n’est plus concevable de poursuivre 26 politiques et autant de plans d’études différents.»
Cette personnalité lumineuse vient d’une famille neuchâteloise pur sucre, papa ingénieur chimiste et maman enseignante. Un métier qu’elle épouse à son tour, un brin poussée il est vrai, tant on serine alors aux filles que «l’enseignement, c’est si pratique quand on a des enfants»… «En fait, si je m’étais écoutée, ma vraie passion allait à l’économie.» Maîtresse d’école enfantine, passée à la formation pédagogique, elle a tôt fait d’être rattrapée par la politique. Au parti libéral, parce qu’elle «se reconnaît dans sa devise: libre et responsable.»
On la sollicite pour le Conseil général, alors qu’elle est enceinte de sa première fille. Elle passe un tour. Mais remet ça avec le sourire alors que son aînée a 6 mois, en 1984. Les grands-parents sont à deux pas, pour les séances vespérales, et puis il y aura une cohorte de filles au pair pour l’accompagner dans son cursus politique «classique». Le Conseil communal, une deuxième fille, le Grand conseil et enfin l’élection au Conseil d’Etat, pour un premier mandat aux finances de 2001 à 2005. Elle n’a donc renoncé à sa vocation première d’économiste que pour mieux y revenir, aux plans local, puis cantonal.
Combats au féminin
L’impression d’une aisance, d’une légèreté dans la réussite, un sourire qui cache la pesanteur des combats politiques au féminin. Son itinéraire en ce pays la rend consciente de la difficulté de la majorité des femmes, aujourd’hui, à concilier vies privée et professionnelle. «Malgré son décor de canton vert, Neuchâtel a des modes de vie et de pensée citadins. C’est pourquoi j’ai défendu la flexibilité du temps de travail ou la création de structures d’accueil de la petite enfance.» Des dossiers où on l’imagine en porte-à-faux avec son parti. «La politique, dit-elle, c’est aussi accepter de prendre des coups. Et avoir la politesse de ne pas montrer ce qu’on ressent…»
Véronique Zbinden / Photos Thierry Parel