
Esther Waeber-Kalbermatten, la Valaisanne aux portes du pouvoir
Date : Dimanche 25 juillet 2010 @ 19:02:53 :: Sujet : Politique
Esther Waeber-Kalbermatten, la Valaisanne aux portes du pouvoir Les Quotidiennes, Serge Gumy Elle a la mine soucieuse. Esther Waeber-Kalbermatten semble sur ses gardes, tel un chamois traqué. Pied montagnard, attitude méfiante. La chasse est ouverte et elle est dans la ligne de mire. Pressentie pour devenir la première conseillère d’Etat de l’histoire du Valais, la socialiste a bien malgré elle ranimé la campagne en vue des élections du 1er mars.
Vote à droite En affirmant son soutien à la formule actuelle (3 PDC, 1 libéral-radical, 1 socialiste), elle a donné l’impression qu’elle appelait à voter à droite et fâché par là même son alliée de gauche, l’écologiste Marylène Volpi. «Une maladresse verbale», l’excuse Jean-Henri Dumont, président du PS du Valais romand. Mais l’intéressée persiste et signe: «La collaboration avec les autres partis du Conseil d’Etat est bonne.» Changement de vie L’emballement médiatique à la suite de ses déclarations l’a malgré tout prise de vitesse. Mais ce ne sont pas tant les soubresauts de la campagne qui rident son front. «Je pense à ce qu’une élection signifierait pour moi, à la remise de mon entreprise (ndlr: elle dirige une pharmacie à Brigue) et au département que je souhaiterais reprendre. J’y ai pensé avant, bien sûr, mais là, le temps, soudain, devient court.» Le vertige de l'histoire C’est le concret qui la préoccupe. Esther Waeber-Kalbermatten a résolument les pieds sur terre, vissés au sol, comme une paysanne de montagne. Le souffle épique de la conquête? Le vertige d’entrer dans l’Histoire comme la première femme élue au gouvernement valaisan? Très peu pour elle. Même si, elle le sent, «les attentes sont énormes. Reste qu’une femme seule ne suffira pas à changer la situation.» Mère de trois enfants Dans un canton à la réputation machiste, cette mère de trois enfants adultes est en effet devenue le porte-drapeau de la cause des femmes. Elle refuse toutefois de se laisser enfermer dans ce seul rôle de figure de proue du combat féministe. «Les hommes aussi attendent l’élection d’une femme.» Si elle se bat, dit-elle, c’est d’abord pour conserver le siège socialiste au Conseil d’Etat. Puis pour assurer la double représentation du Haut-Valais au gouvernement. Cause des femmes La cause des femmes, pourtant, inspire sa vie: Esther Waeber-Kalbermatten fut une des premières filles à avoir pu étudier au collège; devenue députée, on lui doit la création du Bureau de l’égalité, dont elle a par ailleurs présidé le conseil; et au Conseil communal de Brigue, où elle siège depuis douze ans, les femmes sont majoritaires. «Elles mènent à mes yeux une politique aux intérêts plus divers, en amenant leur expérience, en particulier familiale.» Elle défend ses idées Présidente de Brigue, Viola Amherd (PDC) tresse des louanges à sa collègue: «Elle défend ses idées mais elle est prête à écouter celles des autres. Je suis sûre qu’elle a l’étoffe d’une conseillère d’Etat.» Tout le monde, ou presque, salue «une femme de dossiers», à l’écoute, pragmatique, mesurée. «Ce n’est pas elle qui bouffera du PDC», lance son camarade de parti Stéphane Rossini. «Il y a dix ans, elle a su renoncer à une candidature au Conseil d’Etat par respect de la fonction, parce qu’elle ne se sentait pas prête et qu’elle voulait s’occuper de son entreprise et de ses enfants», salue Jean-Henri Dumont. Esther Waeber-Kalbermatten, néanmoins, ne le cache pas: «Je suis ambitieuse, plus qu’avant. Il le faut pour arriver là où se prennent les décisions.» Il lui reste cependant quelques pièges à éviter. «Elle ne parle pas français», tacle l’UDC «Elle fait une campagne catastrophique, elle ne parle pas français», tacle l’UDC Oskar Freysinger. «Avant d’être élu, notre conseiller d’Etat actuel, Thomas Burgener, parlait très mal le français», réplique Jean-Henri Dumont. La tourmente Esther Waeber-Kalbermatten, elle, traverse la tourmente tête basse, visage fermé. Tout à sa défense granitique, elle s’entrouvre parfois pourtant, et laisse échapper un sourire. Son regard gris se porte alors sur les montagnes environnantes où elle aime aller marcher en raquettes. Et sa gourmandise transparaît: «J’aime cuisiner. Tester des recettes s’apparente à mon travail de pharmacienne.» Elle ose même un aveu. «Je suis curieuse. Pour moi, ce n’est pas un vilain défaut!»
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